En attendant les beaux jours ! CINÉMA LE TRIANON

Lundis du Trianon

cinéma

lundi 13 novembre 2017

à 20h45

Renseignements : 02 33 21 62 70.

La Ciotat, été 2016. Antoine a accepté de suivre un atelier d’écriture où quelques jeunes en insertion doivent écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, une romancière connue. Le travail d’écriture va faire resurgir le passé ouvrier de la ville, son chantier naval fermé depuis 25 ans, toute une nostalgie qui n’intéresse pas Antoine. Davantage connecté à l’anxiété du monde actuel, il va  l’opposer rapidement au groupe et à Olivia, que la violence du jeune homme va alarmer autant que séduire. Deux héros enfermés dans leur case sociale, Marina Foïs en auteur de polar chargée
d’animer un atelier d’écriture avec des jeunes en insertion. Le réalisateur d’“Entre les murs” n’en finit pas d’explorer la jeunesse française. Un film politique et poétique.

Le huitième long métrage de Laurent Cantet est un film important. Sans doute le plus intelligent et le plus honnête possible sur le fossé qui s’est créé entre les intellectuels (bien intentionnés) et cette jeunesse française qui comble son vide existentiel et compense sa peur – justifiée – de l’avenir et son mépris grandissant pour « les élites » par des tentations extrémistes. Des liens rompus qui sont aussi des rapports de fascination…
Antoine, bel adolescent plutôt mutique et solitaire de La Ciotat (Matthieu Lucci, débutant fulgurant) cultive sa misanthropie en nageant seul dans l’eau bleu marine, et ses muscles devant la glace, entre deux jeux vidéo guerriers.

Il a accepté de suivre un atelier d’écriture où quelques jeunes en insertion doivent écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, une romancière parisienne reconnue (Marina Foïs, plus spontanée que jamais). Contrairement à ce que ces jeunes lui balancent dès la première séance d’écriture, Olivia n’a pas décidé de sacrifier son été avec eux pour se faire du fric sur leur dos, mais parce que cela l’«intéresse ». Savoir ce qu’ils ont dans la tête et le ventre, les aider, par l’écrit, à faire resurgir le passé de leur ville et de son chantier naval fermé depuis vingt-cinq ans, la motive. Mais cette nostalgie ouvrière laisse Antoine totalement froid. Rapidement, il s’oppose à ses camarades et à Olivia, qui cherche à en savoir plus sur ce mystérieux jeune homme…

Une synthèse de la jeunesse française Depuis ses premiers films, Laurent Cantet se passionne pour les cases sociales dans lesquelles sont enfermés les individus, et la manière dont ils se débattent, bien ou mal, pour en sortir. Dans Ressources humaines, son deuxième long métrage, un fils d’ouvrier hésitait à trahir sa classe. Le héros de L’Emploi du temps, inspiré de l’affaire Romand, en 2001, mis hors cadre par un licenciement, lui, mentait à tous, et son mensonge devenait un… métier à plein temps. La classe dans laquelle tout le monde est étiqueté et doit tenir son rôle devenait carrément le sujet d’Entre les murs, palme d’or en 2008. Avec l’Atelier, c’est comme si Cantet « délocalisait » les jeunes d’Entre les murs, et les concentrait en un petit groupe expérimental : il y a le petit plaisantin plutôt bon enfant, le glandeur (mieux vaut tout de même être là plutôt que « de tirer des câbles ») qui se rebelle quand Antoine l’attaque en tant que musulman (« avec ce que tes copains ont fait au Bataclan »…), ou la jeune Française d’origine maghrébine, fière que son grand-père se soit intégré grâce aux chantiers de La Ciotat. Une synthèse de la jeunesse française. Mais c’est sur Antoine que le réalisateur, dès le début, resserre son objectif, comme Olivia, l’intellectuelle, braque son regard : leur duo, leur duel, devient, alors, le vrai enjeu de L’Atelier.

Un grand film politique.
A la fois inquiète et fascinée par le jeune homme qui aime les armes et adhère aux discours nationalistes, elle tente même de s’en inspirer pour un prochain livre. Mais de quel droit peut-elle parler à sa place ? Que peut-elle comprendre, cette femme qui emploie des mots « prétentieux » ? Plus elle essaye de l’amadouer, et même de vampiriser sa violence, plus Antoine se referme. Et L’Atelier tourne, vraiment, au film noir : la mise en scène naturaliste, soudain, devient baroque. Sous la lune, la mer et les rochers prennent une superbe substance poétique. Et presque psychanalytique. La mère, la mer, l’amère jeunesse. Jusqu’à ce discours final d’Antoine, bouleversant, sur l’acte gratuit, qui évoque fortement L’Etranger de Camus. C’est ce que ce grand film politique réussit à saisir : les motivations d’une jeunesse qui a « le soleil dans les yeux » et qui, par ennui, par dégoût, pourrait tuer… Une jeunesse qu’il va falloir écouter, sans la juger, à la manière de Laurent Cantet.