Prix littéraire de la ville de Valognes 2019-2020

Sélection 2019-2020

Depuis l’automne 2003, le prix littéraire de la ville de Valognes est attribué à un auteur français par un jury constitué de lecteurs de la médiathèque de Valognes et de lycéens. Chacun peut s’inscrire et choisir un titre parmi les 8 romans proposés. Le prix sera attribué dans le courant de l’année 2020. Le jury est ouvert à tous, à partir de la classe de seconde. Il suffit pour cela de s’inscrire auprès des bibliothécaires qui vous fourniront les ouvrages de la sélection. Le thème retenu cette année est le « voyage ». Bonne lecture à tous et à bientôt !

Ont été successivement récompensés : Alain Rémond (Chaque jour est un adieu), Claude Pujade-Renaud (Le Jardin-forteresse), Martine-Marie Muller (L’homme de la frontière), Philippe Claudel (La petite fille de Monsieur Linh), Claudie Gallay (Les déferlantes), Daniel Arsand (Des amants), Carole Martinez (Le cœur cousu), Jeanne Benameur (Les insurrections singulières), Zeina Abirached (Mourir, partir, revenir. Le jeu des hirondelles), Hubert Haddad (Le peintre d’éventail), Fred Vargas (L’armée furieuse), Gaëlle Josse (Le dernier gardien d’Ellis Island), Thierry Murat (Le vieil homme et la mer), Jennifer Murzeau (La désobéissante), Marc-Alexandre Oho Bambe (De terre, de mer, d’amour et de feu).

Sélection Prix littéraire de la ville de Valognes 2019-2020 from Médiathèque de Valognes on Vimeo.


Sophie Van der Linden 

Sophie Van der Linden est l’auteur de quatre romans. Son premier roman, La Fabrique du monde, a été publié en août 2013 (Folio, 2014), sélectionné pour le Prix du premier roman et pour le Prix des libraires, il a reçu les prix Palissy, Livre Pourpre, Jeunes Mousquetaires, La Passerelle, Lilly in the Vallée et L’esprit Large.

Il fut suivi de L’Incertitude de l’aube, en 2014 tandis que De terre et de mer a lui paru en août 2016 (Buchet-Chastel). En janvier 2019, elle publie Après Constantinople dans la collection Sygne aux éditions Gallimard.

Après Constantinople

”Au début du XIXe siècle, un peintre parisien s’égare dans les confins balkaniques de l’Empire Ottoman. Il se retrouve prisonnier d’un domaine retranché dans les montagnes et de sa singulière intendante avec laquelle il noue des conversations qui bouleversent ses certitudes tout en nourrissant ses fantasmes. Dans ce conte à l’action tendue, sensuel et poétique, Sophie Van der Linden joue avec l’esthétique orientaliste pour interroger l’art et la représentation, la place des femmes, la représentation du modèle noir, notre relation à l’Orient…”


Jean-Luc Seigle –
Photo Philippe Matsas © Flammarion

Jean-Luc Seigle est dramaturge et auteur de plusieurs romans, parmi lesquels, aux Éditions Flammarion, En vieillissant les hommes pleurent(Grand Prix RTL/Lire 2012) et Je vous écris dans le noir (Grand Prix des lectrices de Elle 2016). Il publiera, toujours chez Flammarion, en août 2017, Femme à la mobylette.

Femme à la mobylette

Abandonnée par tous avec ses trois enfants, Reine n’arrive plus à faire face. Sa vie finit par ressembler à son jardin qui n’est plus qu’une décharge. Son horizon paraît se boucher chaque jour davantage, alors qu’elle porte en elle tant de richesses. Seul un miracle pourrait la sauver… Et il se présente sous la forme d’une mobylette bleue. Cet engin des années 1960 lui apportera-t-il le bonheur qu’elle cherche dans tous les recoins de ce monde et, surtout, à quel prix ?


Jean-Luc Seigle dresse le portrait saisissant d’une femme ordinaire au bord du gouffre. Ce faisant, c’est une partie de la France d’aujourd’hui qu’il dépeint, celle des laissés-pour-compte que la société en crise martyrise et oublie.

Estelle-Sarah Bulle

Estelle-Sarah Bulle est née en 1974 à Créteil, d’un père guadeloupéen et d’une mère ayant grandi à la frontière franco-belge. Après des études à Paris et à Lyon, elle travaille pour des cabinets de conseil puis pour différentes institutions culturelles. Elle vit dans le Val-d’Oise. Là où les chiens aboient par la queue est son premier roman.

Là où les chiens aboient par la queue
 

Dans la famille Ezechiel, c’est Antoine qui mène le jeu. Avec son «nom de savane», choisi pour embrouiller les mauvais esprits, ses croyances baroques et son sens de l’indépendance, elle est la plus indomptable de la fratrie. Ni Lucinde ni Petit-Frère ne sont jamais parvenus à lui tenir tête. Mais sa mémoire est comme une mine d’or. En jaillissent mille souvenirs-pépites que la nièce, une jeune femme née en banlieue parisienne et tiraillée par son identité métisse, recueille avidement. Au fil des conversations, Antoine fait revivre pour elle l’histoire familiale qui épouse celle de la Guadeloupe depuis la fin des années 40: l’enfance au fin fond de la campagne, les splendeurs et les taudis de Pointe-à-Pitre, le commerce en mer des Caraïbes, l’inéluctable exil vers la métropole…

Intensément romanesque, porté par une langue vive où affleure une pointe de créole, Là où les chiens aboient par la queue embrasse le destin de toute une génération d’Antillais pris entre deux mondes.

Christian Garcin

Christian Garcin vit près de Marseille, où il est né en 1959.
Il publie en 1993 son premier livre, Vidas, dans la collection «L’un et l’autre » dirigée par Jean-Bertrand Pontalis chez Gallimard.
Son œuvre, ample et protéiforme, est constituée de romans, de recueils de nouvelles, de poèmes, d’essais sur la peinture et la littérature, de livres pour la jeunesse, de carnets de voyage et de quelques autres livres inclassables (lexiques, fictions biographiques, évocations littéraires ou picturales, livre de photos).

Christian Garcin a également traduit de l’américain des recueils de poèmes de Charles Bukowski, Campbell McGrath ou encore David Kirby (Le Haha , Actes Sud 2018), et a entrepris avec Thierry Gillyboeuf une nouvelle traduction des Nouvelles intégrales  d’Edgar Allan Poe (dont le premier tome sera publié par Phébus en  2018) ainsi que des Nouvelles complètes  de Melville qui paraîtra chez Finitude.

Les oiseaux morts de l’Amérique

Las Vegas. Loin du Strip et de ses averses de fric “ha­bitent” une poignée d’humains rejetés par les courants contraires aux marges de la société, jusque dans les tunnels de canalisation de la ville, aux abords du désert, les pieds dans les détritus de l’histoire, la tête dans les étoiles. Parmi eux, trois vétérans désassortis vivotent dans une relative bonne humeur, une soli­darité tacite, une certaine convivialité minimaliste. Ici, chacun a fait sa guerre (Viêtnam, Irak) et chacun l’a perdue. Trimballe sa dose de choc post-trauma­tique, sa propre couleur d’inadaptation à la vie “nor­male”.
Au cœur de ce trio, indéchiffrable et silencieux, Hoyt Stapleton voyage dans les livres et dans le temps, à la reconquête patiente et défiante d’une mémoire muette, d’un langage du souvenir.

À travers la détresse calme de ce vieil homme-enfant en cours d’évaporation arpentant les grands espaces de l’oubli, Christian Garcin signe un envoûtant roman américain qui fait cohabiter fantômes et réalisme, sourire et mélancolie, ligne claire et foisonnement. Et migrer Samuel Beckett chez Russell Banks.

Tiffany Tavernier
photo © Philippe Matsas

Tiffany Tavernier est romancière et scénariste. Née en 1967, elle est la fille de la scénariste Colo Tavernier et du réalisateur Bertrand Tavernier. Son premier roman, Dans la nuit aussi le ciel (Paroles d’aube, 1999 ; Points, 2000), retrace son expérience dans les mouroirs de Calcutta, à dix-huit ans. Depuis lors, elle n’a cessé de voyager de par le monde, notamment en Arctique, où elle situe son roman suivant, L’Homme blanc (Flammarion, 2000 ; Points, 2001). Après avoir publié chez Grasset (Holy Lola, en 2004, le roman inspiré par le scénario qu’elle écrivit pour son père avec Dominique Sampiero), au Seuil, aux éditions des Busclats (Comme une image, 2015, qui revient sur son enfance sur les plateaux de cinéma) ou chez Tallandier (une biographie d’Isabelle Eberhardt, en 2016), Tiffany Tavernier rejoint le catalogue de Sabine Wespieser éditeur.

Roissy

Sans cesse en mouvement, tirant derrière elle sa valise, la narratrice de ce roman va d’un terminal à l’autre, engage des conversations, s’invente des vies, éternelle voyageuse qui pourtant ne montera jamais dans un de ces avions dont le spectacle l’apaise.

Arrivée à Roissy sans mémoire ni passé, elle y est devenue une « indécelable » – une sans domicile fixe déguisée en passagère –, qui a trouvé refuge dans ce non lieu les englobant tous. S’attachant aux êtres croisés dans cet univers fascinant, où personnels navigants ou au sol côtoient clandestins et laissés-pour-compte, instituant habitudes et rituels comme autant de remparts aux bribes de souvenirs qui l’assaillent et l’épouvantent, la femme sans nom fait corps avec l’immense aérogare. 
Mais la bulle de sécurité finit par voler en éclats. Et quand un homme, qui tous les jours vient attendre le vol Rio-Paris – le même qui, des années auparavant, s’est abîmé en mer – tente de l’aborder, elle fuit, effrayée. Comprenant, à sa douceur et à son regard blessé, qu’il ne lui fera aucun mal, elle se laissera pourtant aller à la complicité qui se nouera entre eux. 
Magnifique portrait de femme rendue à elle-même à la faveur des émotions qui la traversent, Roissy est un livre polyphonique et puissant, qui interroge l’infinie capacité de l’être humain à renaître à soi et au monde.

Maryam Madjidi

Maryam Madjidi est née en 1980 à Téhéran, et quitte l’Iran à l’âge de 6 ans pour vivre à Paris puis à Drancy. Aujourd’hui, elle enseigne le français à des mineurs étrangers isolés, après l’avoir enseigné à des collégiens et lycéens de banlieue puis des beaux quartiers, des handicapés moteur et psychiques, des étudiants chinois et turcs, et des détenus. Elle a vécu quatre ans à Pékin et deux ans à Istanbul.
“Marx et la poupée”, son premier roman, obtient le prix Goncourt du premier roman 2017 et le prix Ouest-France Étonnants Voyageurs 2017. 

Marx et la poupée

Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint son père en exil à Paris. À travers ses souvenirs d’enfance, elle décrit l’abandon du pays, l’éloignement familial, la perte de ses jouets – donnés aux enfants
pauvres de Téhéran sous l’injonction de ses parents communistes – et l’effacement progressif du persan.


Fable et journal, Marx et la poupée raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, comme rempart, comme moyen de socialisation et comme arme de séduction massive.

Sylvie Germain 

Depuis trente ans Sylvie Germain construit une œuvre singulière imposante et cohérente. Couronnée de nombreux prix littéraires : Prix Femina en 1989 pour Jours de colère, Grand Prix Jean Giono en 1998 pour Tobie des Marais, Prix Goncourt des lycéens en 2005 pour Magnus, Prix Jean Monnet de littérature européenne en 2012 et Grand Prix SGDL de littérature 2012 pour l’ensemble de son œuvre, elle a publié aux éditions Albin Michel Magnus (2005), L’inaperçu (2008), Hors champ (2009), Le monde sans vous (2011), Rendez-vous nomades (2012), Petites scènes capitales (2013) et A la table des hommes (2015).

Le vent reprend ses tours

C’est un avis de recherche collé sous un abribus qui va bouleverser la vie de Nathan. Gavril, le vieil homme disparu, a sauvé son enfance de l’ennui et de la solitude auprès d’une mère taciturne en l’entraînant dans les rues de Paris et en l’enchantant de poésie et de fantaisie. Trente ans plus tard, Nathan mène une vie fade et morose que ce soudain rappel à l’enfance et aux silences maternels fait éclater. Lui qui n’a jamais voyagé se rend en Roumanie dont il ignorait que Gavril y avait vécu les drames de la guerre puis les grandes purges de l’après-guerre. Ce voyage vers l’ami saltimbanque rescapé de terribles épreuves mais qui avait su garder une magnifique ardeur à vivre, va l’ouvrir à une pleine liberté.

Christine de Mazières

Christine de Mazières, franco-allemande, née en 1965, est haut fonctionnaire et vit dans la région parisienne. Pendant dix ans, de 2006 à 2016, elle a été la déléguée générale du Syndicat national de l’édition.

Trois jours à Berlin

Le 9 novembre 1989, à Berlin-Est habituellement désert sitôt la nuit tombée, des groupes silencieux convergent vers les postes-frontières. Tous ont entendu le porte-parole du Parti bredouiller ab sofort, « dès maintenant », en réponse à la question d’un journaliste sur la date de l’ouverture du mur.

De ce colossal cafouillage naît l’événement historique majeur que vivent, incrédules, les personnages de Trois jours à Berlin : Anna, une Française amoureuse de l’Allemagne, rêvant de retrouver Micha, naguère croisé à l’Est ; Micha lui-même, fils en rupture de ban d’un hiérarque communiste, que hante sa tentative de fuite à l’Ouest, quinze ans plus tôt ; le jeune cinéaste, transfuge de RDA, hébergeant Anna… Et quelques-uns qui, de part et d’autre du mur, oscillent entre stupéfaction et désarroi.

Sortant d’un cinéma où elle a revu Les Ailes du désir, alors que les premiers citoyens de l’Est ont déjà franchi le checkpoint, Anna marche dans la nuit avec le sentiment que le film se poursuit. Cassiel, l’ange des larmes de Wim Wenders, s’invite alors dans la ronde, survolant, ému et complice, la foule joyeuse et pacifique, avide de fraternisation.

Trente ans après la chute du mur, Christine de Mazières, alternant les points de vue avec autant de sensibilité que de justesse, insuffle à sa narration la force poétique des belles espérances soulevées par la réunification d’un pays qu’on imaginait à jamais divisé en deux.